Interview de Florian Chatellier, Co-Fondateur de Nodea Medical

Interview de Florian Chatellier, Co-Fondateur de Nodea Medical – Le succès d’une entreprise tient à un fil : l’humain

Florian ChatellierSalut Florian, peux-tu décrire ton parcours ?

J’ai fait un bac S, et vu que je n’étais pas très mauvais je suis allé en classe préparatoire au lycée Condorcet en MPSI puis PSI. Ensuite, j’ai intégré l’Institut Optique en 2008. En 2009, je suis entré dans la filière Innovation et Entrepreneur qui permettait aux étudiants de réaliser leur projet pendant les 2 dernières années de l’école avant de se lancer. J’ai lancé Nodea Medical en septembre 2011 et j’étais diplômé 3 mois après. Aujourd’hui, j’en suis encore le président et le directeur général. Et ce n’est pas encore prêt à changer.

Très bien, est-ce que tu peux présenter Nodea Medical en quelques mots ?

Nodea Medical développe un outil d’aide au diagnostic du cancer basé sur la mesure de la florescence naturelle des tissus. Nous avons une technologie brevetée constituée de petites aiguilles dans lesquelles il y a des fibres optiques qui nous permettent d’amener de la lumière au contact d’une masse suspecte. Les cellules de cette masse vont alors renvoyer une lumière que nous récupérons à l’aide d’un dispositif d’imagerie. Nous sommes alors capables d’analyser cette lumière et de donner une information au médecin sur la nature bénine ou maligne de la masse suspecte.

Comment t’est venue l’idée de cette start-up ?

Par une rencontre. Je pense que toutes les start-ups sont le résultat d’une histoire de rencontres. Fin 2009, j’ai rencontré René Farcy, chercheur au CNRS et à l’Université Paris-Sud, qui m’a dit qu’on pouvait faire des biopsies avec de petites aiguilles et de la lumière. J’ai trouvé cela absolument génial et on a travaillé ensemble sur le projet pendant 2 ans lorsque j’étais à l’école. A la suite de cette rencontre, nous avons décidé de créer la société en 2011.

Quel était le rôle de la fac d’Orsay dans ton projet? 

L’Université Paris-Sud nous a fourni une licence pour le brevet qui avait été déposé par René Farcy en 2009.

Quelle est la difficulté qui t’a le plus marqué ?

Aaaah…Il y en a des tas…Ah, je sais ! C’est d’aller lever les fonds. C’est déjà pas facile dans le milieu dans lequel on évolue aujourd’hui, même avec des cheveux gris. Ce n’est pas forcément évident d’aller chercher de l’argent, même s’il y a toujours de l’argent pour les grands projets. Mais alors aller chercher de l’argent avec ma gueule de 23 ans… Ca a été une sacrée histoire d’aller se frotter à ces fonds d’investissement avec lesquels je n’ai d’ailleurs finalement pas travaillé.

Cette difficulté nous a conduit à nous adapter pour créer un formidable dynamisme. Nous avons été contraints d’innover dans ce domaine-là. C’est à la fois une très grande difficulté et une très grande chance car cela nous a permis de prendre les décisions nécessaires pour s’en sortir.

Quel est ton plus grand succès ?

Mon plus grand succès ? C’est la constitution de l’équipe qui travaille sur ce projet. C’est un succès éclatant. Dans cette boîte, nous avons un groupe de personnes absolument formidable tant en compétences qu’en humanité. Sans parler de ma directrice générale, Pascale, qui est un amour. Je l’ai rencontrée à l’occasion de mes recherches de fonds, je me suis associé avec elle et nous sommes partis ensemble chercher de l’argent. Aujourd’hui, elle est la directrice générale de la boîte et elle a autant d’impact que moi sur la stratégie de la société.

Je trouve que c’est important de dire que lorsqu’on est une entreprise, on est souvent seul, car on n’a pas forcément envie de partager le pouvoir. De mon côté, je ne suis pas seul et c’est avec un grand plaisir et beaucoup de confiance que je partage le pouvoir avec elle.

Quels sont les chiffres-clés de ta boîte?

  • 11 employés
  • 0€ de chiffres d’affaires
  • Environ 6 millions € réunis autour de la boîte, en fonds privés et publics
  • Nous n’avons pas de clients aujourd’hui mais nous avons 12 centres qui participent à nos essais cliniques, dont un spécialisé sur le cancer du sein. En comptant les hôpitaux, nous devrions avoir une vingtaine de centres à peu près.

Comment as-tu fait pour financer Nodea Medical ?

J’ai eu l’opportunité de faire entrer 3 entrepreneurs dans le capital, qui, à l’époque, travaillaient dans le milieu médical. Ils ont investi à eux trois 2M€ dans notre société, pour financer les essais cliniques. Ca c’est juste royal ! Car ce sont des personnes actives et qui ont une plus-value dans le projet.
Jacques le Bozec fait partie de mon conseil de surveillance et je l’ai tous les jours au téléphone.
J’entretien une relation géniale avec des personnes qui ont de l’expérience et que j’écoute avec un grand sens du partage et du respect.

Est ce qu’il y a un outil qui t’a sauvé la vie ?

La capacité d’adaptation ? Ou le téléphone, qui est un outil indispensable pour appeler et rester en contact avec les gens (blague). En réalité, l’outil qui m’a sauvé la vie c’est la croyance dans mon projet, l’optimisme. C’est un truc que t’as dans tes tripes. C’est quelque chose qui va au-delà du rationnel. J’ai fait des études scientifiques et on m’a appris à être rationnel, mais ce n’est pas rationnel de créer une société. Il faut être cinglé pour créer une boîte. L’optimisme c’est d’être toujours certain qu’il y a une porte de sortie, qu’il y a toujours une solution. Quand tu crois qu’il y a une solution, tu te crées la solution.

Quels conseils peux-tu donner à celles et ceux qui veulent entreprendre ?

C’est très vaste comme question. Je n’ai pas vraiment de conseils à donner, parce que chacun a ses solutions, parce que tout le monde trouvera son style. A la limite, mon conseil c’est justement de ne pas écouter les conseils, de trouver votre style, de faire les choses comme vous le sentez, de ne pas vous laisser embarquer dans une espèce de modèle. Le modèle c’est limitant : il faut savoir être soi-même et y croire, ou plutôt oser croire qu’on peut y arriver.

Et si un jeune entrepreneur comme nous veut monter une boîte avec une technologie développée à Saclay, as-tu des conseils ?

Allez-y. Chaque technologie est particulière.
On va prendre le point sous un autre angle : derrière la technologie il y a des êtres humains, il y a des chercheurs qui vont la développer. Si vous vous demandez s’il faut se lancer ou pas,  la vraie question est de déterminer quel est le fit avec le chercheur. Il faut savoir que si tu vas créer une boîte exploitant une technologie de Saclay avec un chercheur, tu vas vivre avec lui. Les questions qu’il faut donc se poser sont les suivantes : est-ce que cette personne est prête à s’embarquer avec moi ? Est ce qu’on va partager une vision, est ce que je peux la voir comme un futur associé de la société ? Quelles sont ses aspirations, ses envies ? Qu’est ce qu’il voit derrière cette technologie ?
En fait, ce qui est important n’est peut-être pas forcément de s’intéresser au potentiel du marché technologique mais au potentiel humain de la personne qui a développé la technologie, parce que pour moi c’est l’humain qui fait tout. La technologie peut être brillantissime mais si les êtres humains qui sont derrière n’y croient pas et s’entredéchirent, l’entreprise ne fonctionnera pas. Une technologie sans être humain qui l’apporte, cela ne vaut rien.
Le succès d’une entreprise tient souvent à un fil, et ce fil c’est l’humain.

Une blague d’entrepreneur à ajouter ?

Je ne sais pas… Peut être pas une blague, mais il y a quelqu’un qui a dit qu’on reconnaît le vrai talent au fait qu’une conjuration d’imbéciles se forme autour de lui. Si tout le monde est contre vous, c’est souvent un très bon indicateur pour dire qu’il faut continuer à faire ce que vous faites.

Pour conclure, je finirai par une citation de Bernard Werber que j’aime beaucoup : « ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont forcément raison ».

Propos recueillis par Nam Hoang

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